Le cheval: un choix sensé: Plus qu’un athlète, un partenaire!

Quel cavalier n’a pas déjà rêvé d’un vrai partenariat avec son cheval pour faire de lui un véritable complice?

La très grande majorité d’entre nous s’achète un cheval pour le loisir et pour le plaisir, incluant la compétition amateur.  Et c’est à vous que je m’adresse, même si cela peut intéresser aussi les professionnels, car gagner le cœur d’un cheval peut l’aider à se surpasser.

Cet animal magnifique est beaucoup plus que du muscle avec une conformation adaptée à la discipline envisagée.  Les performances passées ne sont pas garantes du futur.  Mais pourquoi donc?  Le cavalier qui fera équipe avec lui vient tout simplement de changer.  Contrairement à une machine, en plus du côté physique ou mécanique, on doit tenir compte des côtés mental et émotif qu’il ne faut pas sous-évaluer.

Comment évaluer si on peut faire une super équipe?  Comprendre le langage du cheval et développer cette relation dont nous rêvons tous, est-ce possible ?

Comme pour les relations humaines, mieux comprendre les chevaux et être capable de se mettre dans leurs souliers, sont des atouts importants.  Plusieurs écrits, par exemple «L’homme vient de mars et la femme de Vénus », permettent d’envisager que même lorsqu’on fait partie de la même espèce, on puisse être très différents!  Pensez aux diverses cultures dans le monde.  Si dans la même maison on a bien souvent des difficultés à se comprendre, alors imaginez une autre espèce!

La bonne nouvelle c’est que l’on retrouve de plus en plus de littérature touchant l’équitation éthologique ou la psychologie équine et le comportement naturel des chevaux.

En premier lieu, il est important de réaliser que le cheval est avant tout une proie.  Que sa priorité est la sécurité, sinon la survie.  Instinctivement, la proie est programmée pour faire l’inverse de ce que souhaite le prédateur.  C’est quand même fascinant, cette relation unique! Le cheval a donc une tout autre perspective et elle est diamétralement opposée à celle des prédateurs que nous sommes.  En effet, on dit que l’homme est le plus grand prédateur de la planète.

Mais quelles sont les caractéristiques des proies?  D’abord des sens puis un instinct de survie qui sont très développés.  Par nature, les proies sont peureuses, claustrophobes et prêtes à fuir instantanément.  Le moindre changement dans leur environnement les inquiète. Qui sait,  peut être que ce sac de plastique mord !  Alors, mieux vaut fuir rapidement, il sera toujours temps d’y penser plus tard… Voilà ce que tout prédateur trouvera tout à fait ridicule, n’est-ce pas? La sécurité est donc l’élément le plus motivateur pour un cheval.

Et le prédateur lui, quels sont ses comportements lorsqu’il a peur?  Contrairement à la proie il se fige, se contracte et arrête de respirer.  Pour dominer sa peur, l’homme utilise très souvent la force et l’intimidation ce qui a pour effet de faire resurgir l’instinct de survie du cheval.

Bien entendu, nos chevaux ne sont plus les bêtes sauvages qu’elles étaient avant leur domestication. Toutefois, derrière des airs d’animaux familiers, il reste toujours en eux la gazelle prête à s’éclipser!  Alors pour leur sécurité (on dit qu’ils pensent après) et la nôtre (à leur esprit, c’est bien secondaire lorsqu’il s’agit d’échapper à la mort), ce serait fort utile de savoir comment les rendre plus braves et plus confiants pour qu’ils adoptent un comportement différent.

C’est à l’acheteur que revient la responsabilité d’observer les signes objectifs de timidité.  Pour ce faire,  il doit s’intéresser à trois axes identifiés depuis peu par les chercheurs : familiarité avec l’homme, capacité à supporter l’isolement social et courage face aux nouveautés.

Parlons tout d’abord de la confiance que le cheval a en nous, son partenaire.  Sommes-nous dignes de confiance?  Peut-il compter sur nous?  À nos côtés, se sentira-t-il en sécurité devant les dangers qui le guettent?

Ce sujet est complexe et demande toute une vie pour le comprendre.  On peut d’abord se questionner sur les qualificatifs des personnes dignes de confiance : brave, stable, rassurante, déterminée, persévérante, juste, douce et ferme à la fois, etc.… La présence ou l’absence de l’une ou plusieurs de ces qualités expliquent les différences de comportement d’un même cheval en compagnie d’une personne ou d’une autre.  Par exemple, une personne inquiète tient sa laisse plus serrée. Son cheval le ressent et réagit en étant sur le qui-vive, prêt à fuir.  Une personne plus sereine qui tient le même cheval obtiendra une relaxation quasi immédiate de sa part.

La bravoure chez le cheval c’est sa capacité d’accepter des nouveaux stimulus.  Elle est aussi influencée par sa personnalité, de même que par les expériences passées, qu’elles soient positives ou négatives/douloureuses.  Donc, moins il est brave et plus il s’enfuira vite et loin.  Comme son habitat naturel n’a rien à voir avec l’environnement dans lequel nous l’avons placé, nous avons besoin d’un outil pour diminuer l’impact causé par la différence entre ces deux environnements.  Cet outil s’appelle l’ habituation.  Il sera d’ailleurs fort utile aux cavaliers de concours qui sont aux prises avec des parapluies qui s’ouvrent, des enfants qui courent près de la piste ou des verres à café qui s’envolent près du manège!

Commençons par le début, c’est-à-dire vous.  Votre profil (plus ou moins brave) et votre expérience avec les chevaux seront déterminants pour choisir un partenaire équin qui vous convienne.  En effet, si vous êtes a priori quelqu’un d’inquiet, choisissez un cheval qui est plus brave que vous.  Comment faire pour le choisir?  Si vous êtes inexpérimenté, demandez l’assistance d’un ami qui s’y connaît.  Son rôle sera d’identifier le langage corporel pour déterminer si le cheval choisi démontre ou non de l’inquiétude.

Malgré tous vos efforts, peut-être que le cheval que vous avez choisi ne possède pas le niveau de bravoure qui vous convient, il faudra donc l’augmenter. Comment peut-on rendre un cheval plus brave, et ainsi développer un comportement et des attitudes plus sécuritaires pour vous et votre partenaire? La réponse est : l’habituation.  Avant d’utiliser cet outil, il faut, comme le médecin, évaluer l’état du patient avant de prescrire le bon dosage, l’intensité et la variété du médicament. L’examen est essentiel et le dossier devra toujours rester ouvert pour être mis à jour.  Lorsque je connais mon sujet, je peux lui prescrire l’exercice d’habituation approprié.

C’est facile, l’habituation comporte toujours les mêmes composantes: 3 R et 1T.  Par contre, comme pour une recette, s’il manque un ingrédient, le résultat peut être désastreux.

Commençons par expliquer le T pour « timing ».  Il est essentiel à tout ce que vous voudrez montrer à votre cheval.  N’ayant pas le même langage que lui, c’est le T qui permettra à votre cheval de vous comprendre.  Le « timing » est le moment où l’on arrête de faire ce que l’on faisait, confirmant ainsi au cheval qu’il a bien fait, par le confort qu’on lui apporte à ce moment précis.Après la sécurité, le confort est sa deuxième motivation.  Le bon Timing (moment où le stimulus cesse) permet d’obtenir plus rapidement la sensibilisation ou l’habituation ou « désensibilisation » recherchée.

Maintenant, passons aux 3 R.Il est important que vous soyez Relaxe.  Approchez progressivement de la zone concernée en appliquant le stimulus et en prenant soin d’effectuer un Retrait avant d’atteindre le seuil de tolérance (ou d’intolérance) du cheval (d’où l’importance d’avoir procédé à une évaluation).  Enchaînez vos tentatives dans un mouvement Rythmé. Finalement, cessez votre stimulus – Timing – lorsque le cheval montre les premiers signes de décontraction.

Dans le choix d’un cheval, il faut rechercher un équilibre entre la confiance et le respect.  Imaginez un peu un cheval très confiant et irrespectueux ou un cheval très respectueux, mais très peureux.  Dans les deux cas, c’est une équation risquée pour votre sécurité.

Parlons donc maintenant du respect.  Dans un troupeau, la hiérarchie s’établit rapidement.  Dès leur première rencontre, les chevaux évaluent ceux qu’ils croisent.  Il en va de même lorsqu’ils rencontrent des êtres humains.  Comment procèdent-t-ils?  Quelles sont les stratégies qui déterminent qui sont les leaders?  La première et la plus importante c’estl’habileté à contrôler les pieds de l’autre.  Celui qui réussit à faire bouger l’autre marque un point et rapidement le décompte est fait.  En fonction du résultat obtenu, un cheval pourrait adopter, envers un inférieur, un comportement volontaire et même impertinent, jusqu’à devenir agressif.  Imaginez un peu le plus dominé du troupeau demandant au cheval Alpha (le plus dominant) de le laisser manger le plat de grain en premier?!  C’est la même chose avec vous, s’il vous considère au dernier rang de la hiérarchie et que vous osez lui demander quelque chose.  Il pourrait adopter un comportement impertinent alors qu’avec une autre personne, qu’il classe plus haut que vous hiérarchiquement, il aura un comportement tout autre.

Votre nouveau cheval ou celui que vous avez déjà, peut s’évaluer rapidement au sol.  Comment le cheval se comporte-t-il en général avec les êtres humains qui le manipulent et particulièrement avec vous?  A-t-il tendance à vous pousser ou à vous tirer?  Après, vous devrez apprendre à délimiter votre espace personnel et à le lui faire respecter.  Rappelez-vous qu’il ne faut pas laisser votre cheval vous faire bouger. En ne bougeant pas les pieds, vous affirmer votre leadership.

Maintenant, comment gagner des points?  Au sol, on utilise généralement le licou, mais on peut déplacer le cheval de bien d’autres façons, que ce soit pour avancer, reculer, déplacer l’avant-main ou l’arrière-main.    Il faut utiliser le « céder à la pression ».  Mais qu’est-ce que c’est?  C’est l’obtention d’un mouvement du cheval par l’application d’une pression constante sur n’importe quelle zone de son corps. Quel est l’objectif recherché ?  Le contrôle des mouvements du cheval par une légère pression continu. Pour ce faire, vous devez apprendre à avoir des mains qui se ferment doucement et s’ouvrent rapidement. De plus, avant même de commencer le « céder à la pression », il faut vérifier les réactions de votre cheval à une simple caresse.  S’il ne le supporte pas, il n’est pas prêt (l’instinct de survie prend le dessus, le cheval fuit, s’oppose ou pire, devient agressif).  Il vous faudra les ingrédients suivants pour pouvoir avancer :

  • la décontraction initiale tant pour votre cheval que pour vous;
  • le focus/énergie;
  • l’augmentation progressive avec un contact continu;
  • la cohérence de l’ensemble de votre langage corporel (direction de votre regard, l’axe de vos épaules, de vos hanches, de vos pieds);
  • le « timing » du confort que vous lui donnerez.

Il y a aussi un autre outil fort utile, le « céder à la suggestion ».  Eh oui, le faire bouger dans toutes les directions, sans que vous ne le touchiez, avec une simple suggestion.  Comment?  En utilisant le langage corporel, ce qui est très facile à comprendre pour un cheval puisqu’il utilise principalement cette façon de faire.    Il vous faudra les ingrédients suivants pour pouvoir avancer :

  • la décontraction initiale tant pour votre cheval que pour vous;
  • le focus/énergie;
  • la pression pulsative et progressive sur la bulle du cheval et le contact au besoin;
  • la cohérence de l’ensemble de votre langage corporel (direction de votre regard, l’axe de vos épaules, de vos hanches, de vos pieds);
  • le « timing » du confort que vous lui donnerez.
  • Aucun instrument n’est obligatoire au même titre qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un couteau à steak pour manger du steak!  Toutefois, plus votre pièce de viande est dure et plus vous aurez besoin d’instruments efficaces.  L’utilisation d’un « round pen » ou d’équipement spécifique peut être utile, mais peut aussi s’avérer dangereux.

En conclusion, que ce soit lors de l’achat ou lorsque vous côtoyez un cheval, apprenez à développer votre leadership, à ne pas agir comme un prédateur et à lire les attitudes que les chevaux adoptent sans cesse.  Tout cela vers une meilleure compréhension mutuelle, un plaisir partagé et en toute la sécurité.